Engagement militaire: Indécision critiquée... et justifiée?

13.11.2017

 (image: EX MAPLE ARCH 16 par 4 Cdn Div / 4 Div CA - JTFC/FOIC (CC BY-NC-ND 2.0))

 

À partir de demain aura lieu la Réunion des ministres de la Défense sur les opérations de maintien de la paix de l’ONU à Vancouver et tout semble indiquer que Trudeau ne participera pas aux opérations de maintien de la paix (OMP) avec autant d’énergie que ses prédécesseurs libéraux.

 

Suite à article publié sur Raison d'État par ma collègue Marielle Guimond, j'aimerais aborder deux facteurs qui pourraient expliquer cette situation. 

 

 

Le premier de ceux-ci est d’ordre économique. Après une longue période d’engagements outre-mers, rien ne presse le Canada de se réengager dans une autre entreprise fort coûteuse. 

 

En juin dernier, la ministre des Affaires étrangères Chrystina Freeland et son homologue à la Défense, Harjit Sajjan, dévoilaient une hausse des investissements pour la défense d’un peu moins de 0,3% du PIB d’ici 2027 (ce qui représente approximativement 13,7 milliards de dollars). Cette hausse est malgré tout insuffisante par rapport aux objectifs que les membres de l’OTAN s’étaient fixés et témoigne peut-être d’une préoccupation économique. La conjoncture économique invite certainement les décideurs canadiens à user d’une « sagesse méthodique » dans l’élaboration des politiques de défense. 

 

Le second facteur est d’ordre géopolitique et concerne l’absence de menaces concrètes à ce « paisible royaume ». Les menaces qui pèsent le Canada sont aujourd’hui des incertitudes. Celles-ci justifient l’immobilisme du PLC et suggèrent peut-être même que leur indécision est avisée. Une confrontation avec Moscou en Arctique est une menace qui pour l’instant demeure intangible mais à laquelle le Canada doit se préparer. La dispute du Grand-Nord constituera inévitablement un épisode de notre histoire géopolitique. 

 

Non seulement faut-il adresser ces pressions face à notre souveraineté territoriale contre des ennemis potentiels, il faut aussi se questionner par rapport aux rôles de nos puissants amis.

 

Comme le mentionne la professeure Marie-Joëlle Zahar, l’incertitude vient aussi du voisin du Sud. Que l’on soit satisfait ou non de notre proximité avec les Américains, il est difficile de nier les impératifs sécuritaires que nous impose une telle relation. Encore une fois, considérer le risque géopolitique associé à notre voisinage direct est primordial à la sécurité nationale et ce aux dépends des injustices internationales qui touchent notre conception du monde et interpèlent notre identité internationaliste.

 

 

D’autres facteurs expliquent certainement l’indécision du Canada par rapport à son implication dans les OMP: les obstacles administratifs de l’appareil onusien, le faible intérêt de l’opinion publique et même la confusion qui entoure le rôle précis que pourrait jouer le Canada au Soudan du Sud, en République centrafricaine ou encore au Mali. 

 

Quoi qu'il en soit, nous garderons un oeil attentif au déroulement de l'événement qui commence demain et sans doute en saurons-nous davantage très bientôt.

 

 

...

Pour aller plus loin dans ce dossier, notamment sur les limites de la militarisation des OPM et la nature politique des interventions de l’ONU consulter : « Replacer la paix au coeur des opérations de l’ONU » écrit par Lou Pingeot et Vincent Pouliot dans Options Politiques (7 novembre 2017).

 

 

 

 

 

 

 

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* Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et n'engagent pas raison d’état

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