La lutte antiterroriste en France : quel équilibre entre sécurité et liberté ?

03.05.2018

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 (image: "Patrouille durant l'opération Sentinelle, à Strasbourg, le 20 janvier 2015." par Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons (CC by sa 3.0))

 

 

Accompagné de l’ancien premier ministre québécois Pierre Marc Johnson, Bernard Cazeneuve, ancien ministre de l’Intérieur puis premier ministre sous le gouvernement du président François Hollande (2017), était l’invité d’honneur à l’Université de Montréal, le mardi 17 avril 2018.

 

Bernard Cazeneuve est revenu sur les débats autour de la mise en place de l’état d’urgence en France suite aux différentes attaques terroristes depuis 2012. Il a évoqué les raisons qui ont poussé le gouvernement français à prendre cette décision, dont le but ultime était de rassurer les Français.  

 

 

Rappel des attaques terroristes en France depuis 2012

 

Bernard Cazeneuve a d’abord rappelé les tragédies qui ont frappé la France depuis 2012.

 

Les 11 et 15 mars 2012, les tueries à Toulouse et Montauban ont couté la vie à sept personnes, dont trois militaires et quatre civils.

 

Le 7 janvier 2015, l’attentat contre Charlie Hebdo, ôtait la vie à douze personnes et en blessait onze autres.

 

Le 9 janvier 2015, la prise d’otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, traumatisait la capitale.

 

Le 13 novembre 2015, la série de fusillades et d’attaques-suicides au Bataclan, au Stade de France ainsi que sur les terrasses de café du 11ème arrondissement de Paris, tuait 130 personnes et en blessaient 413 autres.

 

Le 14 juillet 2016, un camion fonce sur la foule à Nice lors de la célébration de la fête nationale et causait la mort quatre-vingt-six personnes et en blessait 458 autres.

 

Comme évoqué par le conférencier invité, ces attaques ont frappé toute la France, et tous les Français. Un sentiment de chagrin, de haine, de révolte, mais aussi d’injustice a envahi la France pendant et après ces événements tragiques. Mais ces attaques ont aussi déclenché de vifs débats et divisé les Français sur les décisions à prendre pour la suite des choses.

 

Après ces tragédies, le gouvernement du président François Hollande a décidé de mettre en place l’état d’urgence (2015), un choix qui a entrainé de lourdes critiques.

 

 

La mise en place de l’état d’urgence : Sécurité vs Liberté

 

« N’a-t-on pas sacrifié une partie de nos libertés au nom d’une certaine sécurité ? »

 

Telle est la question que les Français se sont posée après la mise en place de l’état d’urgence. Ce dernier permet, entre autres, au gouvernement de fermer certains lieux, d’interdire des manifestations et de renforcer la régulation des armes à feu.

 

En opposition à la mise en place de l’état d’urgence, des groupes militants et une partie de la population ont mis en avant deux arguments principaux :

 

         1) L’état d’urgence a été instauré dans un contexte qui ne se justifiait pas

         2) L’état d’urgence nuit aux principes de libertés de l’État de droit

 

Concernant la première critique, Bernard Cazeneuve y a répondu en rappelant que l’état d’urgence a été mis en place dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015, alors qu’une série de fusillades et d’attaques-suicides avaient lieu à Paris. Pendant cette nuit, on ne savait pas si tous les terroristes avaient été tués ou arrêtés. Ainsi, pour des questions de sécurité sur le court terme, la mise en place de l’état d’urgence était nécessaire. Bernard Cazeneuve a aussi expliqué que   l’action entreprise par le gouvernement a permis d’éviter au moins trente attentats depuis 2015.

 

Pour ce qui en est de l’enfreint aux libertés de l’État de droit, Bernard Cazeneuve y réplique en mentionnant que l’état d’urgence est un dispositif qui a pour but de protéger l’État de droit et non de nuire à ce dernier.

 

Parmi les critiques les plus tenaces, beaucoup ont reproché à au conférencier d’avoir utilisé l’état d’urgence comme prétexte pour empêcher aux manifestants écologistes de venir protester pendant la Conférence de Paris sur le climat du 30 novembre 2015 au 12 décembre (COP21). Bernard Cazeneuve a rappelé que c’est à cause de leur comportement très violent que ces contestataires ont été interdit de manifester, et non en lien avec l’état d’urgence.

 

 

Le rôle essentiel de l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme

 

Bernard Cazeneuve a fini son discours en mettant de l’avant le rôle fondamental de l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme.

 

Au regard du fait que les terroristes qui ont commis les attentats ont majoritairement utilisé des armes à feu, plusieurs mesures ont été entreprises dans le but de réguler le trafic d’armes. Des dispositions prises avec les pays de l’Union européenne pour une meilleure régulation du trafic d’armes ont tenté de renforcer la sécurité nationale.

 

Aussi, l’ancien premier ministre a rappelé que le système d’information de l’espace Schengen a aidé à mieux identifier les terroristes et potentiels terroristes en Europe et en France. Enfin, si le Code Schengen ne permet pas encore de contrôler les ressortissants de l’Union européenne, il demeure nécessaire de réformer la Loi 7 pour mieux renforcer le contrôle des frontières. Il a rappelé l’adoption de la loi du 7 mars 2016, sur l’immigration et l’intégration des étrangers en France a permis de mieux réguler et contrôler la circulation de toute personne qui constituerait une menace pour l’ensemble de la société, sur le territoire français et en Europe.

 

 

« L’État de droit suppose que la privation de libertés ne soit possible que dans le respect des droits de l’homme » - Bernard Cazeneuve

        

Bernard Cazeneuve a répondu aux critiques sur l’état d’urgence nuisant aux libertés de l’État de droit, comme étant au contraire un moyen de maintenir et de protéger l’État de droit.

 

Bernard Cazeneuve a bien expliqué pourquoi la mise en place de l’état d’urgence en France était nécessaire et comment celui-ci a été efficace pour renforcer la sécurité en France et empêcher de nombreuses attaques. Cependant, comme l’ancien premier ministre l’a mentionné, l’état d’urgence ne résout pas en profondeur le problème de la menace terroriste en France.

 

L’ancien premier ministre est toutefois resté silencieux concernant les dispositions sur le long terme, du gouvernement français, afin de lutter contre le terrorisme et par exemple, afin soutenir les familles ayant été touchées par ces attaques. Il aurait été intéressant et utile de s’attarder sur les moyens déployés sur le long terme par le gouvernement français afin de compléter l’état d’urgence qui demeure une solution de court terme.

 

 

 

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* Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et n'engagent pas raison d’état

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