Faire contrepoids à l'Iran, Israël tente-t-elle de consolider ses alliances ?

14.05.2018

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 (image: "IDF soldiers during a training exercise in the Golan Heights, using smoke grenades" par Israel Defense Forces (Wikimedia 2.0))

 

 

 

La tant attendue ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem est arrivée.

 

Aujourd'hui, les États-Unis et Israël officialiseront leur partenariat historique dans le cadre de l’inauguration de l’ambassade américaine jusqu’alors installée à Tel-Aviv. Véritable carrefour de tensions entre les Israéliens et Palestiniens, la ville n’a jamais été reconnue comme étant la capitale de l’État d’Israël malgré les efforts continus des Israéliens de coloniser la partie palestinienne. Le déménagement de l’ambassade américaine fait acte de reconnaissance symbolique de Jérusalem comme capitale d’Israël par les États-Unis, un geste diplomatique qui consolide une alliance historique entre les deux pays.  

 

Il y a deux semaines, des Israéliens s’affairaient à installer des panneaux pour diriger les Américains, les diplomates et les curieux vers l’ambassade. Au même moment, le Président américain Donald Trump rédigeait, avec son équipe, son allocution confirmant le retrait américain du JCPOA (Joint Comprehensive Act of Action) - l’accord nucléaire iranien. Une confirmation dis-je bien, puisqu’en effet, depuis des mois, Donald Trump laissait ses homologues européens tenter de le convaincre de peine et de misère de ne pas se retirer de l’accord. Or, pour Trump, la décision semblait déjà prise; promesse électorale oblige.

 

 

Unis contre l’Iran

 

Le 30 avril dernier, devant un parterre de médias, le premier ministre d’Israël, Benyamin Netanyahou, avançait que son gouvernement avait mis la main sur des documents archivés de l’administration iranienne contenant son programme nucléaire des années 1999 à 2003. Netanyahou affirmait alors que l’Iran aurait caché ces informations sur le développement de son arsenal nucléaire aux officiels lors des négociations du JCPOA.

 

Le message de Netanyahou était clair.

 

Si l’Iran a su cacher des informations lors des négociations du JCPOA, qui dit qu’elle n’est pas capable aujourd’hui de cacher ses activités nucléaires malgré une surveillance accrue par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA), chargée d’inspecter ses installations nucléaires? Bien que la possession de tels documents par l’Iran ne représente pas une réelle violation du JCPOA, il n’en demeure pas moins que la perception du respect de l’accord par l’Iran peut avoir été ébranlée aux yeux de la communauté internationale.

 

Une semaine plus tard, le 8 mai, Donald Trump annonçait le retrait des États-Unis du Joint Comprehensive Plan of Action affirmant que l’Iran ne respectait pas l’esprit de l’accord. Difficile de ne pas y voir une action concertée entre ces deux partenaires ou du moins, une volonté de faire front commun contre un ennemi : l’Iran.

 

 

 

Affrontements sur le plateau du Golan

 

Dans la foulée de l’annonce américaine, des confrontations entre les forces armées israéliennes et iraniennes ont débuté sur le plateau du Golan en Syrie, territoire contrôlé par Israël depuis la guerre des Six Jours en 1967.

 

Selon les officiels israéliens, les attaques du 10 mai visaient une douzaine de cibles iraniennes incluant des camps militaires, des entrepôts d’armes et des centres d’intelligence militaire. Le IDF (Forces de défense israéliennes) soutenait que c’était la plus importante attaque en sol syrien depuis des décennies. Elle aurait détruit la majorité des infrastructures iraniennes installées sur le plateau du Golan réduisant considérablement ses capacités militaires.

 

Cette offensive israélienne survenait après un échange verbal incendiaire entre les deux pays ayant mené au lancement de vingt missiles iraniens en provenance du plateau du Golan ciblant les assises des forces de défense israéliennes (IDF). L’opération iranienne fut un échec si bien que la plupart des missiles lancés furent interceptés ou alors atterrirent en sol syrien, n’atteignant pas leurs cibles.

 

L’Iran et Israël sont ennemis depuis la Révolution islamique de 1979 en Iran. Toutefois, la distance géographique les séparant ne rend possible une confrontation que par le biais d’une guerre de proxy d’où l’alarmisme actuel à la suite des confrontations ayant eu lieu en Syrie. Depuis des années, à défaut de pouvoir investir pleinement dans son développement nucléaire sans s’attirer des sanctions internationales, l’Iran œuvre dans le renforcement de ses relations avec le gouvernement syrien de Bachar Al-Assad et le Hezbollah, organisation chiite récemment élue à majorité au Liban et considérée comme groupe terroriste par les États-Unis. Ces rapprochements sont perçus comme des menaces directes pour Israël qui semble chercher une épaule sur laquelle s’appuyer.

 

 

 

La Russie : une alliée pour Israël?

 

En plus de semer l’inquiétude face à une guerre potentielle entre l’Iran et Israël en Syrie, ces confrontations ont révélé le rôle que pourrait jouer la Russie au sein des tensions dans la région.

 

Le Premier ministre Netanyahou était en visite à Moscou mercredi le 9 mai, afin d’assister à une parade militaire. Devant les médias, ce dernier aurait interpelé Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, pour lui demander de venir en aide à la population israélienne en proie à une menace iranienne de plus en plus inquiétante et provenant directement plateau du Golan, aux frontières israéliennes. Faisant référence à l’holocauste, Netanyahou aurait lancé:

 

« There is a country in the Middle East, Iran, which calls for the destruction of another 6 million Jews », rapportait l’agence Bloomberg.

 

 

Selon l’Asharq al-Awsat, un journal saoudien basé à Londres, Benjamin Netanyahou aurait informé ses homologues russes de son intention d’attaquer les forces iraniennes en Syrie. Une attaque en réponse à celle perpétrée par les Forces de défense iraniennes (IDF) survenue le 9 mai. La Russie et Israël étant toutes deux impliquées dans le conflit syrien, il en valait de la coordination et de la sécurité d’en informer la Russie.

 

Toujours selon le média londonien, le Ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Ryabkov, en mission diplomatique à Téhéran, aurait alors partagé cette information avec Abbas Araghchi, Ministre iranien des Affaires étrangères et ce, quelques heures avant l’attaque israélienne du 10 mai. La Russie aurait donc informé l’Iran qu’Israël prévoyait une attaque imminente.

 

Depuis, la Russie affiche une position neutre et encourage les deux opposants à trouver une solution afin d’assurer la stabilité de la région. Si cet événement s’avère, il ferait foi d’une loyauté russe envers le régime iranien et confirmerait la proximité entre les deux pays, au grand dam d’Israël. Malgré la neutralité qu’elle tente de démontrer, la Russie semble entretenir des relations avec l’Iran que Netanyahou ne peut nier. Plusieurs analystes de la région anticipent que la Russie choisisse un camp incessamment.

 

 

***

 

 

Bref, la politique étrangère d’Israël semble se complexifier et ne laisse présager rien de bon pour la stabilité du Moyen-Orient, d’autant plus que des affrontements entre les Israéliens et Palestiniens ont lieu depuis des semaines. Alors qu’on fête les 70 ans de la Déclaration d’Indépendance de l’État d’Israël, les Palestiniens, eux, déplorent le statu quo et la passivité de la communauté internationale face aux injustices et la colonisation israélienne qu’ils subissent depuis des décennies avec la Nakba, la catastrophe en arabe. Aux abords de la bande de Gaza, le cumul des affrontements entre Palestiniens et les forces israéliennes ne font qu’alourdir le bilan de morts et de blessés. Au courant des dernières semaines, plus d’une cinquantaine de Palestiniens sont morts lors de ces heurts. Avec l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine, les chiffres vont gonfler.

 

Israël est sous hautes tensions. L’administration Trump saura-t-elle l’épauler?

 

 

 

 

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* Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et n'engagent pas raison d’état

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