Réunion des ministres de la Défense sur le maintien de la paix de l'ONU : Une annonce du Canada?

08.11.2017

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(image: "Helmet and Flack Jackets of MONUC Peacekeepers" par United Nations Photo (CC BY-NC-ND 2.0))

 

À Vancouver, les 14 et 15 novembre prochains, aura lieu la Réunion des ministres de la Défense sur les opérations de maintien de la paix de l’ONU. Il s’agit du plus grand rassemblement de ministres de la Défense. Ils sont plus de 80 pays à avoir confirmé leur présence selon CBC News.

 

Difficile de sous-estimer l’ampleur d’un tel événement d’autant plus que ce dernier représente une (autre) opportunité pour Justin Trudeau d’enfin présenter un programme en la matière.

 

Rappelons-nous les nombreuses critiques auxquelles notre Premier Ministre a fait face lors de son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier. Il avait profité de l’événement pour faire un mea culpa sur les crimes et inégalités passées et présentes envers les peuples autochtones. Était-ce une stratégie incomprise pour gagner un siège au Conseil de sécurité ? Une priorisation des enjeux domestiques au détriment d’une affirmation du rôle du Canada à l’international? Or, plusieurs y ont vu une occasion ratée de démontrer que le « Canada is back », comme l’a-t-il si bien scandé.

 

(source: compte youtube CBC News, 21 septembre 2017)

 

 

Le "départ" auquel il fait référence dans son discours semble faire clin d’œil au changement de la direction de la politique étrangère à l’ère Harper. L’élection des Libéraux en 2015 constituerait donc un retour à la "normale". Est-ce le cas? Un récent article paru dans Le Devoir soutient le contraire. Malgré la promesse d’accroître la participation canadienne dans les missions de maintien de la paix onusiennes, le Canada affiche son plus bas taux d’implication (quantifié par le nombre de soldats et policiers envoyés) depuis les années 1990. Passant de 600 soldats sous Harper, notre contingent s’élèverait aujourd’hui à 68 soldats. C’est ça être de retour?

 

Dans une entrevue à la CBC, Richard Gowan, professeur à l’École d’Affaires publiques et internationales de l’Université de Colombia, affirme que la communauté internationale aurait perdu espoir en la promesse d’un engagement canadien et aurait tout simplement continué son travail sans Ottawa.

 

À mi-mandat, le temps commence à manquer et la crédibilité des paroles du Premier Ministre à s’étioler. La position du cabinet est claire : on réfléchit. Ce qui semble moins claire est : pourquoi une si longue réflexion ? 

 

Dans une entrevue accordée au journaliste Jean-Thomas Léveillé de La Presse, la professeure de l’Université de Montréal et directrice du Réseau de recherche sur les opérations de paix Marie-Joëlle Zahar affirmait que cette lenteur pourrait être, en partie, expliquée par l’incertitude générale qu’a provoqué l’élection surprise de Donald Trump. L’arrivée du nouveau Président a chamboulé les relations du Canada avec ses voisins du sud, comme le démontrent, entre autres, les tumultueuses négociations de l’ALENA. Cette réalité aurait un impact sur cette réflexion. 

 

Dans le même article, Jocelyn Coulon, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, soulève que la complexité des opérations de paix serait également pour cause. Celles-ci étant plus dangereuses qu’auparavant, le Canada userait donc d’une sagesse méthodique dans le choix du pays dans lequel il souhaiterait intervenir. C’est d’ailleurs ce qui expliquerait pourquoi le Mali, le Congo et la République Centrafricaine restent des options sans toutefois incarner des projets de maintien de la paix réalisables aux yeux du gouvernement, du moins, à court terme. 

 

Plusieurs hypothèses semblent expliquer ce désengagement canadien des missions de maintien de la paix. Chose certaine, le gouvernement actuel fait face à un questionnement quant à la forme que va prendre son implication en la matière. Toutefois, cette réévaluation semble avoir une date butoir, celle du 14 novembre 2017, date de la Réunion des Ministres de la Défense de l'ONU à Vancouver. Si un discours à l’Assemblée Générale de l’ONU ne semblait pas être le moment propice pour le faire, l’organisation d’une rencontre internationale sur le sujet en sol canadien l’est-elle davantage?

 

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* Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et n'engagent pas raison d’état

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