Navnita Chadha Behera: "The Integration of Global South in IR"

19.09.2017

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(image: black and white worlds par Hans Splinter (CC BY-ND 2.0)) 

 

 

Le 15 septembre 2017, le CIPSS devait accueillir Amitav Acharya, chercheur d’origine indienne et professeur à American University in Washington D.C.

 

Il est une figure de proue du Global IR, c’est-à-dire l’intégration du Global South dans les Relations Internationales, discipline résolument à dominance occidentale. Sa bibliographie sur le sujet représente cet intérêt.

 

Acharya n’a malheureusement pas pu arriver à temps pour son intervention à l’Université McGill. 

 

Il a toutefois été remplacé au pied levé par Navnita Chadha Behera, professeure à l’Université de New Dehli. T.V. Paul, professeur de Relations Internationales à l’Université McGill, a aussi participé à la discussion.  

 

Le sujet de la présentation de Prof. Behera était l’intégration du Global South dans les Relations Internationales (RI). Car si le nom de la discipline suggère une approche universelle, la réalité est bien différente. Les RI sont largement dominées par les pays du Nord, principalement par l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale, leur histoire, culture, théories et méthodes de recherche. 

 

D’après Behera, cette restriction géographique de la politique internationale est nuisible car impose sa vision du monde à tous. Pour illustrer ce point, elle soulève le paradoxe suivant : pourquoi enseigne-t-on Machiavel ou Platon en Inde, alors que Kautilya, politicien et philosophe indien, a développé des idées similaires que les penseurs européens, bien des années auparavant ? La version indienne était et reste toujours plus adaptée à la réalité indienne que les philosophes ne le seront jamais. 

 

De plus, Behera explique que les manuels scolaires occidentaux qui sont utilisés en Inde pour enseigner les RI sont bien loin des préoccupations des étudiants. Elle met ainsi le doigt sur la relation entre le général et le particulier : les RI sont le reflet d’une version particulière du monde, reflet de l’expérience du Nord, qui est imposée comme vision universelle au reste du monde. Mais cela engendre des limites importantes qui doivent être corrigées, car ne reflète pas la réalité partout, rendant la recherche faite selon ces paramètres potentiellement fausse et réductrice. 

 

Les tentatives de correction sont nombreuses. Des approches alternatives se sont développées aux quatre coins du monde, notamment en Inde, en Chine ou au Japon. Mais de nombreux pays n’ont pas les moyens – financiers comme matériels - pour rivaliser avec l’Occident. Pour pouvoir le faire, il faut pouvoir suivre les mêmes règles du jeu pour pouvoir publier dans les meilleures revues, étudier dans les meilleures universités occidentales. Mais cela n’est pas possible pour tous. Le manque de diversité des auteurs dans les revues de renom fait couler beaucoup d’encre, et de nombreuses recherches pointent du doigt le parti pris des éditeurs pour les occidentaux. Mais il semble qu’il n’y a aucune preuve de cela – Behera attribue plutôt ce problème à un manque de moyens des voix dissidentes. Elle explique aussi qu’un livre de Morgenthau, que l’on peut trouver à 10 roupies, est bien moins cher à Dehli qu’un ouvrage écrit par un local. Et les alternatives du Global South ne savent pas toujours se faire entendre sur la scène internationale.  

 

Malgré ces problèmes, que peut-on faire pour changer le manque d’intégration du Global South dans les RI ?

 

Behera suggère qu’il faille revoir les méthodes pédagogiques, en commençant par ouvrir le contenu des syllabus aux visions alternatives. Il faut le faire en intégrant les voix des locaux, et non pas seulement des individus qui étudient d’autres régions du monde. En effet, de nombreuses approches qui étudient le Global South le font d’un point de vue occidental, ce qui impose des valeurs et concepts du Nord à leur objet d’étude, faussant ainsi les résultats. La professeure donne l’exemple du concept de souveraineté westphalienne qui est imposé à l’Inde, se basant sur l’histoire coloniale du pays. Mais si on remonte davantage l’histoire, on se rend compte que c’est le concept de suzeraineté, et non de souveraineté, qui a le plus de répercussion sur le modèle étatique indien. Il faut donc parler d’une partie du monde, d’un pays ou d’une région selon le vocabulaire et les concepts qui s’y prêtent de manière particulière, au lieu d’essayer d’imposer des termes importés et pris comme universels.

 

Behera soutient le besoin de pratiquer les RI de manière plus inductive, de partir de la réalité du terrain pour ensuite la théoriser. Elle se rappelle de sa recherche sur le Cachemire pour laquelle elle a dû mettre de côté toutes les méthodes et connaissances acquises durant son doctorat en Angleterre pour pouvoir appréhender son cas d’étude.

 

Les théories occidentales ne révélaient en aucun cas la réalité du terrain. 

 

Behera a plus d’espoir pour l’intégration du Global South dans le secteur académique que par les preneurs de décisions. Mais cela ne veut pas pour autant dire que cela sera facile. 

 

C’est sûrement grâce à des chercheurs tels que Navnita Behera et Amitav Acharya que le progrès se fera. Mais c’est aussi à nous, occidentaux, d’aller voir ce qui se fait ailleurs, surtout lorsque l’on étudie le Global South. 

 

Pour en savoir plus sur le sujet, voici quelques suggestions de textes et syllabus (n’hésitez pas à en partager plus dans les commentaires) :

  • Course outline “Doing IR: Exploring Alternative Trajectories” par Navnita Behera

  • Achary, Amitav & Buzan, Barry (ed). 2010. Non-Western international relations theory: perspectives on and beyond Asia. New York: Routledge. (Accès UdeM) (Review

  • Tickner, Arlene B. Tickner & Blaney, David L. 2013. Claiming the International. Milton Park, Abingdon, Oxon : Routledge. (Accès UdeM

  • Acharya, Amitav. 2014. Global International Relations (IR) and Regional Worlds: A New Agenda for International Studies. International Studies Quarterly (58), pp. 647-659. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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* Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et n'engagent pas raison d’état

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